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50% de bonnes nouvelles au journal télévisé

Par Etienne Godinot *

50% de bonnes nouvelles au journal télévisé...

Pour notre moral et par souci d’objectivité, demandons aux rédactions des journaux télévisés une règle déontologique : au moins 50 % de bonnes nouvelles.

Beaucoup de nos proches ne veulent plus regarder le journal télévisé (« le JT ») : ça leur met « le moral à plat », ça leur « fout le cafard », la déprime, la sinistrose…. Pour ceux qui font l’effort de le regarder totalement afin de suivre l’actualité, quelle épreuve ! Durant trois quarts d’heures, il est question, à 70 % ou plus selon les jours, de guerres, d’attentats, d’accidents, de séismes ou de cyclones, de catastrophes, de carnages... On ne nous épargne rien sur un meurtre à Aubervilliers ou un incendie à Trifouilly-sur-Oise : témoignages des voisins, déclarations des victimes, du procureur, des avocats… Et nous nous étonnons que tant de nos contemporains soient anémiés, sans élan et sans joie, sans immunité naturelle contre les difficultés de la vie et les mauvais coups du sort.

Bien sûr, il ne peut être question de passer sous silence ou de minimiser la misère et la détresse du monde, qu’elles proviennent de la nature ou de l’égoïsme ou de la bêtise des hommes. Le raz-de-marée en Asie du Sud-Est, les cyclones dans les Caraïbes, les criquets ravageurs de récoltes au Sahel. La guerre en Irak et au Darfour, le « mur de la honte » et les attentats en Israël-Palestine, les exécutions capitales aux USA ou en Chine. Le chômage et l’exclusion, les immigrés clandestins qui se noient dans la Méditerranée, les incendies de forêt, les SDF qui meurent de froid sous les ponts… C’est la dure réalité, une partie de la réalité.


Une forêt qui pousse…

Mais pour un décès accidentel à l’hôpital, combien de malades soignés et guéris ? Pour un bus qui fait un tonneau, un avion qui s’écrase, un train qui déraille ou un bateau qui coule, combien de voyages qui se passent bien et qui permettent le travail, l’instruction, les retrouvailles, les échange, la découverte d’autres cultures ? S’il arrive qu’un patron, un policier ou un homme politique commette une faute ou une malversation, combien d’autres par milliers font leur travail avec dévouement, intégrité et créativité ? Une forêt qui pousse fait moins de bruit qu’une branche morte qui tombe…

En ce qui concerne les informations quotidiennes, les rédactions des chaînes de télévision, et pourquoi pas celles de la radio, devraient s’imposer à elles-mêmes un code déontologique, et à défaut se voir appliquer des règles définies par la loi. Ces règles semblent moins nécessaires pour la presse écrite. L’écrit permet au lecteur de chercher ce qui l’intéresse ou le stimule, de faire le tri dans les informations, de s’intéresser à une rubrique et d’en laisser une autre, de ne lire dans un article que le titre, le chapeau, les encadrés ou les intertitres. L’écrit permet de situer un fait dans son contexte historique, culturel, sociologique, et de présenter un dossier complet.
Il n’en est pas de même pour la télévision : le journal s’impose au téléspectateur, le texte et surtout l’image qui marque notamment les enfants; il est difficile ou impossible dans un très court laps de temps de situer un événement dans son contexte. Or le journal télévisé, « le vingt heures » notamment, constitue pour un grand nombre de nos contemporains le seul mode d’information sur l’actualité.

Thomas d’Anzembourg (1) nous propose d’éviter l’intoxication. Il ne viendrait à l’idée de personne de manger durablement et systématiquement 70 % de nourriture avariée. Pourquoi alors nous laisser gaver que d’informations qui nous empoisonnent ? Il est normal de connaître les mauvaises nouvelles pour compatir avec les victimes, - même si nous n’avons pas de pouvoir d’action, et nous en avons souvent plus que nous le pensons. Mais il est également nécessaire de connaître les bonnes nouvelles pour s’en réjouir et pour fêter la vie. Demandons aux médias de décider une nouvelle éthique : au moins moitié du temps de journal pour les bonnes nouvelles.

Ainsi, après une information sur laquelle le présentateur ne peut pas s’étendre faute de temps, il renverrait à un dossier plus complet sur le sujet, tel jour à telle heure sur la même chaîne. Il serait établi qu’en dessous d’un certain degré de gravité, les affaires judiciaires et les accidents sont de la compétence des informations régionales. Et que le JT régional est soumis aux mêmes règles que le national. Bien sûr, si grande catastrophe, comme celle du tsunami du 26 décembre 2004, occupe l’actualité sur quelques jours ou quelques semaines, la proportion de 50 % serait calculée sur une longue durée.


Des vitamines pour les spectateurs… et pour les journalistes

Durant la moitié au moins du JT, on mettrait le projecteur sur des bonnes nouvelles. Ce n’est pas difficile de faire des reportages sur des initiatives remarquables en matière d’altercroissance respectueuse des hommes et de l’environnement, de combat pour la démocratie en Russie ou en Chine, d’autonomie alimentaire et d’agriculture biologique, de management participatif dans les entreprises. On raconterait les méthodes pédagogiques innovantes à l’école, les soins palliatifs dans les hôpitaux, l’accompagnement des endeuillés, les bibliothèques de rue pour les enfants du quart-monde. On donnerait davantage d’info sur l’invention de nouvelles thérapies contre le cancer ou le sida, de nouvelles sources d’énergie renouvelable, les chantiers de dépollution, le développement du tri sélectif et des transports collectifs urbains. Cela passionnerait les spectateurs, … et les journalistes.

Pourquoi ne pas donner la parole durant trois minutes en fin de chaque JT à des chercheurs de sens ? Des connus, comme Henri Emmanuelli, Albert Jacquard, Hubert Reeves…, mais aussi des moins connus et des inconnus : un député qui se bat contre les bombes à sous-munitions, un médecin urgentiste, un agriculteur biologique, un chef d’entreprise qui croit à l’insertion, un cordonnier heureux, un lycéen délégué de classe, un handicapé qui fait du cheval…

Les bonnes nouvelles nous stimulent autant et plus que les vitamines. Nos énergies, notre créativité, nos élans se déploieraient, et cette stimulation à large audience pourrait changer significativement notre façon de vivre ensemble.

Demandons aux chaînes de télévision, de radio, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, à notre député, au gouvernement, des décisions en ce sens, afin que le bon sens reprenne pied.


(1) Thomas d’Anzembourg, Le bonheur, ce n’est pas nécessairement confortable, Les Editions de l’Homme, 2004, pp. 249 s.

* Etienne Godinot, 58 ans, est membre de l’Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC) 

Voir www.irnc.org