Comment se souvenir de la Shoah ?
TRANSMETTRE LA SHOAH
Un documentaire écrit par Philippe Meirieu et Sara Millot, réalisé par Sara Millot.
Plus de 60 ans après la Shoah, à l'heure où la parole des témoins devient rare, il est nécessaire de s'interroger sur la mémoire d'un des événements les plus importants du XXe siècle.
Le film entraîne le spectateur sur les lieux du souvenir, de la maison d'Izieu, au Centre d'Histoire, de la Résistance et de la Déportation de Lyon, jusqu'au Mémorial de la Shoah à Paris et Yad Vashem à Jérusalem, à l'écoute des derniers témoins et des médiateurs qui s'efforcent de transmettre cette mémoire aux générations pour lesquelles la guerre est lointaine.
Les historiens Jean-François Forges, Georges Bensoussan et Alain Michel abordent les questions de la mémoire et les enjeux de la transmission de la Shoah.
PORTRAIT
Rencontre avec Célia étudiante en conception de costumes à l'ENSATT (Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre).
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En prêt gratuit en DVD :
A Cap Canal et auprès des établissements universitaires
L'analyse critique de Olivier Michel
Olivier Michel, professeur d'Histoire Géographie en lycée professionnel et stagiaire à Cap Canal, a donné son avis sur ce documentaire.
"Ce documentaire s’interroge sur la manière de transmettre la Shoah et sur le rôle des lieux de mémoire dans la transmission de celle-ci.
Enseignant stagiaire en Lettres Histoire-Géographie ayant eu cette année en responsabilité une classe de seconde BEP sanitaire et social, j’ai été confronté au problème de l’enseignement de la Shoah, l’étude des génocides faisant partie des notions à aborder en seconde BEP.
La problématique à laquelle j’ai eu à faire face s’est portée essentiellement sur le choix des documents supports pour animer cette séquence. Comme le souligne dans le documentaire l’intervenante du CHRD la difficulté réside dans l’utilisation ou non du document image ; autrement dit est-il possible voire même souhaitable d’enseigner la Shoah sans image. Proposer aux élèves (ce que j’ai fait) de visionner « Nuit et brouillard » d’Alain Resnais où l’on voit le bulldozer qui pousse les cadavres est-il plus pertinent que de montrer un extrait de « Shoah » de Claude Lanzmann (le coiffeur du Sondern-kommando d’Auchwitz-Birkenau par exemple). Le but d’une image étant de provoquer une émotion. La réflexion de l’intervenante offre un élément de réponse quand elle dit que : l’approche émotionnelle peut nourrir l’approche intellectuelle. Mais la banalisation d’images choquantes peut aboutir à ce que ces images soient vidées de tout sens. Ce qui semble important c’est de bien recontextualiser les documents sources nous indique l’intervenante.
Le problème de l’utilisation des documents d’archives est également évoqué par le responsable pédagogique de la Maison des enfants d’Izieu. Pour démontrer l’industrie de mort nazie il dit préférer montrer aux élèves les dernières photographies des enfants avant leur rafle plutôt que des images des camps de la mort. Il utilise également le registre de l’émotion mais ces instantanés d’un quotidien insouciant de ces enfants ne sont-elles pas plus évocatrices que des images de charniers. La réponse du lycéen est symptomatique, les images des camps sont connues mais elles semblent irréelles.
En proposant une exposition sur les lettres des pensionnaires la Maison d’Izieu appelle à une réflexion sur le statut du document source. Ce que met en avant le documentaire, il me semble, c’est bien le fait que chaque document, même une simple lettre d’enfant peut-être exploitable historiquement. Ce qui interpelle les lycéens ce sont ces mots qui décrivent le quotidien des pensionnaires d’Izieu, ou la salle de classe, restée en l’état, tous ces éléments contribuent à mieux appréhender une période historique .
Un passage est consacré au rôle du témoignage comme document source. Il est intéressant de voir comment les élèves réagissent et de percevoir leur émotion face au récit du rescapé des camps. Le film montre la gravité des visages et l’intensité de l’échange. La difficulté de mettre des mots sur l’indicible horreur esquisse peut-être la limite de cette confrontation.
Le documentaire questionne sur le rôle complexe du professeur dans l’enseignement de la Shoah.
En effet celui-ci est confronté à plusieurs problématiques qui traversent la société. La première est celle de la concurrence des mémoires et de son corollaire : le communautarisme. Que répondre à des élèves qui estiment qu’une trop large place est donnée à la question de la Shoah et pas assez à celle de l’esclavage ou celle de la décolonisation.
Un élément de réponse est avancé à la fin du film ; la Shoah c’est une histoire qui touche à l’universalité de la condition humaine. A travers l’étude de celle-ci apparaissent des questionnements sur le racisme et sur l’engagement. Le retour à la classe de collégiens est remarquable car il ouvre sur ces perspectives liées à la citoyenneté et à la morale. Que doit-on accepter d’un régime politique, doit -on se soumettre ou entrer en résistance, qu’est-ce que l’engagement et jusqu’où peut-il aller ?
En se posant ces questions on exerce son devoir de citoyen et son sens critique sur des orientations politiques ou des faits de société.
La deuxième difficulté à laquelle se trouve confronté l’enseignant est liée au problème de la représentation de la Shoah .Comment comprendre cet événement aujourd’hui ?
L’exemple du Chambon sur Lignon et de sa participation de ses habitants au sauvetage des juifs est pertinent dans la mesure où une preuve concrète est donnée par la vie quotidienne. En période de troubles des habitants d’un village ont secourus et cachés des familles poursuivies. Cet acte simple et généreux remarquable par son ampleur peut donner une idée plus concrète de ce qu’a été la politique de Vichy à l’égard des juifs pendant l’Occupation. Cet événement centre le débat sur la notion de responsabilité. Qu’est-ce qu’être responsable de ses actes et quelles peuvent en être les conséquences ?
Pour conclure j’ai trouvé ce documentaire remarquable sur de nombreux aspects.
Dans le cadre d’une analyse formelle : la construction est équilibrée, sans éléments redondants. L’enchaînement des séquences est fluide et sans longueurs ce qui rend le visionnage très agréable. D’un point de vue plus esthétique, dans le passage de la maison d’Izieu, il ya de très beau plans sur les visages des lycéens et les plans d’ensemble tournés sur ce lieu retranscrivent assez bien l’ambiance. La caméra est toujours à la bonne distance.
En ce qui concerne plutôt le fond de ce documentaire, je trouve qu’il balaye précisément les problématiques rencontrées dans la transmission et dans l’enseignement du fait génocidaire. De même que, de par sa construction et de par son propos, il indique des pistes didactiques que peuvent suivre les enseignants pour organiser une séquence sur ce thème.
Les interventions des Historiens sont succinctes et accessibles à tout public et donne la possibilité d’exploiter ce documentaire en classe de lycée professionnel.
En dernier lieu la seule réserve que l’on pourrait émettre c’est peut-être de n’avoir pas assez insisté sur le fait génocidaire au sens large et d’aborder à ce titre d’autres évènements comme le génocide rwandais ou arménien."
Comment se souvenir de la Shoah ?